physique et information

 Brunschvicg , dans « Héritage de mots héritage d’idées », nous livre quelques clés pour comprendre ce que nous appelons idéalisme rationnel et mathématisant et qui ne désigne rien d’autre que ce que nous avons compris de la philosophie de cet auteur, qui est notre boussole, voire notre « lampe », si j’en crois ce passage tiré de « Contrainte de lumière » de Paul Celan :

« Je peux encore te voir : un écho,

palpable avec des mots

tactiles, à l’arête

de l’adieu.

Ton visage s’effarouche doucement,

quand soudain fait une clarté de lampe

en moi, à l’endroit

où l’on dit le plus douloureusement Jamais. »

cette lumière intérieure, que nous cherchons dans la philosophie, elle n’a rien à voir avec la lumière physique, celle du dehors; elle réclame une contrainte de fer, un effort, une conversion de tous les instants, nous forçant à nous tourner vers « cet endroit où l’on dit le plus douloureusement Jamais ».

Elle est la lumière des idées : née de notre effort honnête pour nous éclairer à nous même nos idées, puis intensifiée en retour par celles ci, si du moins nous trouvons la juste approche de ce qui est notre « être véritable », car Brunschvicg dit quelque part que « nous sommes nos idées », ce qui ne diminue en rien l’exigence d’action qui est le propre de la lumière occidentale, car le propre des idées véritables est d’être directement agissantes, sinon ce ne sont que des vains rêves. Il dit aussi (dans l’introduction à « Héritage de mots héritage d’idées »)

« C’est en nous transportant dans l’intérieur de l’idée comme les microphysiciens ont pénétré à l’intérieur de l’atome, que nous aurons chance de parvenir au contact des questions véritables qui plongent par leurs racines dans l’histoire de l’esprit humain. »

( http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/avant_propos )

or  cette phrase, qui nous ouvre tout un monde, est beaucoup plus qu’une belle image, chez le philosophe qui voit dans l’émergence de la physique mathématique au 17 ème siècle un « changement daxe de la vie religieuse », et nous allons ici brièvement expliquer pourquoi.

« comme les microphysiciens ont pénétré à l’intérieur de l’atome », cela sonne un peu comme une boutade, mais c’est justement ce qui doit nous mettre sur la voie : cela prend une tournure « réaliste » pour consommer justement la ruine du réalisme, qui n’est autre que la compréhension naîve et vulgarisée, de la physique, au profit de l’idéalisme.

Car nous savons bien que les physiciens, même lorsqu’ils utilisent leurs microscopes ou leurs accélérateurs de particules, n’ont pas pénétré « réellement » au coeur du monde « subatomique », sinon nous serions dans un film de science fiction : « L’homme qui rétrécit ».

Ils y ont pénétré « en esprit », au moyen de leurs équations et de leurs groupes de symétries, qui sont autant d’organes (spirituels) pour mettre en évidence d’autres symétries, invisibles à l’oeil nu.

Or c’est exactement ce qu’affirme une nouvelle conception de la physique qui fait son chemin : celle de la nature informationnelle des entités de la physique.

Ainsi par exemple John Weeler, cité page 263 du livre extraordinaire de R W Carroll : « Fluctuations, information, gravity and the quantum potential »:

« toutes les entités physique trouvent leur origine dans la théorie de l’information, notre univers est un univers de participation; la participation de l’observateur donne lieu à l’ information, et celle ci à la physique ».

Bien entendu, l’information dont il est parlé ici est de nature mathématique, définie selon des notions rigoureuses qui sont par exemple l’information de shannon ou de fisher, elle n’a rien à voir avec les informations, ou plutôt pseudo-informations, que nous donnent les journaux ou le JT du soir.

Mais c’est justement pourquoi je vois là comme une « échelle » féconde pour nous élever à la compréhension supérieure de ce que dit Brunschvicg quand il parle de la philosophie et de l’idéalisme, et qu’il retrouve chez des penseurs aussi différents que Descartes, Malebranche, Spinoza , Kant ou Fichte (et , ajouterai je, Husserl).

C’est d’ailleurs chez Malebranche, et sa fameuse théorie de la « vision en Dieu », que nous en trouvons les formulations les plus frappantes.

L’esprit n’a pas affaire à des corps, mais à des sensations, et au niveau le plus élevé à des idées…

en aucun cas les entités dont parle la physique n’existent « réellement » dans le monde, sinon où serait le progrès par rapport au réalisme naïf du sens commun qui croit que l’arbre que voici là bas existe « absolument », (pas seulement pour nous autres humains, mais aussi pour « Dieu », dans l’absolu).

eh non ! cet « arbre » est ma représentation, il apparait pour moi, et pour les humains, constitués comme moi, pour m’indiquer que je peux effectuer certains actes le visant: mais il n’existe pas pour des êtres différents, minuscules, comme les fourmis…

Et, en généralisant, nous arrivons à la fameuse citation de Schopenhauer, qui forme le début du « Monde comme volonté et comme représentation », et qui est rigoureusement vraie : « Le monde est ma représentation ».

C’est à dire : le monde dont nous sommes entourés n’existe que comme représentations dans son rapport avec un être percevant, qui est l’homme lui même… tel est l’idéalisme absolu qui est celui de Schopenhauer, comme de tout philosophe véritable… mais il y a des nuances, et nous laisserons là le grand Schopenhauer, auquel nous préférons le criticisme mathématisant de l’école française…

donnons quelques références pour illustrer de manière plus claire la manière dont la conception informationnelle de la physique illumine ces questions…

Dans ce papier : « From information geometry to Newtonian dynamics » : http://arxiv.org/abs/0710.1071 ,

Caticha et Cafaro dérivent toute la théorie newtonnienne non pas de prétendues « lois de la Nature », mais de l’inférence statistique et de la dynamique de l’entropie fondée qur le principe de « maximisation de l’entropie ». ainsi (page 2) les notions familières comme masse, temps, énergie, sont dérivées des lois de l’inférence, qui est une activité spirituelle humaine. Le Temps absolu de Newton perd ainsi immédiatement son « absoluité », et Newton aurait compris son erreur s’il avait pu, de son temps, utiliser cette approche.

Les équations bien connues de la dynamique newtonienne pour une particule élémentaire sont dérivées page 6 (equations 20 et 21),et le paramètre temps trouve son explication dans l’equation 19,  et page 7 les auteurs déclarent :

« si Newton, Lagrange et Jacobi avaient connu moins de physique et plus de théorie de l’inférence statistique, ils auraient donné à leurs théories la forme qui est illustrée ici »…

Dans cet autre papier : « Metric on a statistical space-time » : http://arxiv.org/abs/math-ph/0403043

Jacques et Xavier Calmet dérivent l’espace temps de Minkowski de la relativité restreinte, à trois dimensions d’espace et une de temps, des mêmes principes de l’inférence.

Comme dans l’article précédent, et comme dans tous les travaux de cette nature, la « géométrie » ordinaire, euclidienne ou minkoskienne, voit ses « points » remplacés par des distributions de probabilité, ce qui correspond au caractère « flou » ou « aléatoire » (fuzzy, random) de l’univers « participatif », et les varitétés différentielles de la géométrie riemanienne deviennent des « variétés informationnelles » (statistical manifolds).

Celles ci ne sont rien d’autres que des « modèles statistiques », c’est à dire des familles de distributions de probabilités indexées par un paramètre , qui joue le rôle des coordonnées de la variété.

Sur ces variétés l’information de Fisher  joue le rôle du tenseur métrique dans les géométrie riemanniennes. Et l’article dérive (page 5) la métrique lorentzienne de la relativité restreinte à partir de distributions de probabilités complexes, et non plus réelles.

Ainsi espace, temps, tout comme les notions de la physique ordinaire : masse, énergie, gravité, etc… s’avèrent comme de nature ultime « informationnelle », ce qui est la marque du caractère philosophique idéaliste de la physique mathématique.

ainsi s’explique la conception de Brunschvicg, qui voyait une signification religieuse dans l’émergence de la physique mathématique moderne.

La philosophie, qui est la « science des idées », se situe alors dans la continuité de la physique : les entités mathématiques de l’information cèdent simplement la place à des entités plus « difficiles à saisir », abstraites si l’on veut, mais tout aussi bien spirituelles : les idées.

« les idées, qui définissent les condtions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et qui s’abandonne à elles , une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne ».

Ces lignes qui constituent la fin de « L’idéalisme contemporain », datant du début du 20 ème siècle, définissent et balisent encore aujourd’hui la tâche des « hommes de bonne volonté.

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