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Balzac : les secrets de la princesse de Cadignan

Pourquoi Balzac sur un blog consacré à Brunschvicg ?

et pourquoi pas ?

d’abord je commence à me dire qu’il ne serait pas très intéressant de limiter ce blog à l’oeuvre de Brunschvicg et à l’éclairage qu’elle peut donner sur la philosophie et la science…la philosophie est une connaissance intégrale, et elle peut et doit parler de tout…

Je suis devenu un dévôt de Brunschvicg sur le tard, à l’âge de 40 ans, ce qui est sans doute une bonne chose, d’ailleurs il me semble que l’étude de la Kabbale doit être entreprise à cet âge et pas avant selon les rabbins : donc combien cette précaution est encore plus nécessaire s’agissant de la philosophie de Brunschvicg, qui plane quand même un peu au dessus !

par contre je suis entré en religion balzacienne bien plus tôt, un après midi , vers l’âge de 13 ou 14 ans (?) où j’ai dévoré littéralement « Le lys dans la vallée » , perché sur un escabeau (ça ne s’oublie pas et ça ne s’invente pas! voulais je déjà prendre de la hauteur et me placer, bien avant de connaître Nietzsche, 6000 pieds au dessus des choses humaines ? ) dans l’appartement familial parisien..cette lecture, outre qu’elle m’a bouleversé (je me souviens que je pleurais à chaudes larmes, eh oui… 13 ans !) a complètement changé mon rapport au monde et à la vie (et à la femme, que je ne connaissais pas alors, d’ailleurs la connaît on jamais?) et je suis souvent revenu dans cette vallée, tâchant de surprendre les fantômes de Mme de Mortsauf et de Félix de Vandenesse..

« Les secrets de la princesse de Cadignan » est une délicieuse petite nouvelle qui se lit en une heure (ou se relit, ce que j’ai fait il y a deux jours), le texte en est sur Wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Secrets_de_la_princesse_de_Cadignan

voir aussi :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Secrets_de_la_princesse_de_Cadignan

http://www.v1.paris.fr/commun/v2asp/musees/balzac/furne/notices/secrets_cadignan.htm

La princesse de Cadignan, c’est la duchesse Diane de Maufrigneuse, l’un des personnages les plus fascinants de la « Comédie », un « Dom Juan » féminin qui « si elle avait invité la statue du Commandeur, ce n’aurait pas été à dîner , et elle eût certes eu raison de la statue » (ah Balzac ! quelles suggestions admirables !)

tout semble l’opposer à Henriette de Mortsauf , mariée à un monstre mais mère de deux adorables enfants et qui résiste jusqu’ à la mort à la « tentation » de l’amour qu’elle éprouve pour Félix, engagé comme précepteur des enfants : et pourtant je décèle, moi, une proximité profonde entre les deux, entre l’héroïne chrétienne et le Dom Juan féminin qui « va sur les brisées des hommes et ruine ses amants sans jamais leur demander un liard (elle est trop Maufrigneuse pour ça !) »

Ce sont deux femmes d’exception, d’élite dit Balzac

La nouvelle se passe en 1832, alors qu’elle a 36 ans et se prépare à « la fin » de sa vie de femme , son mari le prince de Cadignan est à l’étranger, elle est ruinée et se contente de vivre dans un 5 pièces (oui, quand même !) parisien: va alors lui tomber entre les mains un homme rare, un homme d’élite lui aussi, plus que ça même : l’homme de génie, Daniel d’Arthez!

et l’histoire va raconter la « chasse » à l’homme de génie, qui sera à la fin couronnée de succès, grâce à des stratégies ma foi pas très ..chrétiennes, ni surtout attachées à la vérité; seulement cette femme aime, elle veut « se retirer » dans le « petit paradis » qu’elle entrevoit auprès de cet homme tellement rare…. qu’elle n’en a jamais connu de semblable.

C’est son « amie » la marquise d’Espard (une autre « rouée » de haut vol, mais qui se sait inférieure à Diane, d’où l’envie de mordre, dont les deux femmes sont conscientes) qui lui jette cet ortolan tout chaud tout rôti comme « cadeau » pour entretenir l’amitié; le prétexte sera que l’ami républicain de D’arthez, Michel Chrestien, autre homme d’élite et ayant entrevu avant tout le monde l’idéal d’Europe fédérale , fut pendant 4 ans l’amoureux transi et sans espoir de Diane (or, avouera t’elle à d’ Arthez pour le « mettre en condition » , « s’il s’était ddéclaré la dernière année, il l’eût trouvée faible ») et mort en 1832 lors des émeutes) et il n’avait confié cet amour qu’à d’Arthez qui l’accompagnait parfois sous la pluie pour entrevoir la duchesse à travers la vitre de son carosse (charmant !)… bref ils se recontrent lors d’un dîner chez la parquise, Diane parle à d’Arthez de son malheureux ami, et …l’affaire se met en route :

« Je ne veux pas être inaccessible pour l’ami de ce pauvre républicain, lui dit-elle. Et quoique je me sois fait une loi de ne recevoir personne, vous seul au monde pourrez entrer chez moi. Ne croyez pas que ce soit une faveur. La faveur n’existe jamais que pour des étrangers, et il me semble que nous sommes de vieux amis : je veux voir en vous le frère de Michel. »…

on devine l’état intérieur du grand homme !

« D’Arthez ne put que presser le bras de la princesse, il ne trouva rien à répondre »

ce serait absurde de raconter par le menu toute l’intrigue, Balzac ne se raconte pas, il est LE conteur, le mieux est encore de lire la nouvelle, receuillons juste quelques fleurs sous formes de citation pour « baliser » les « progrès » de cette « chasse à l’homme » :

les échanges entre la marquise et la duchesse à la fin du dîner de présentation (la chasse commence donc !) :

« — Eh ! bien, dit la marquise à Diane, comment le trouvez-vous ?

Mais c’est un adorable enfant, il sort du maillot. Vraiment, cette fois encore, il y aura, comme toujours, un triomphe sans lutte.

— C’est désespérant, dit madame d’Espard, mais il y a de la ressource.

— Comment ?

— Laissez-moi devenir votre rivale.

— Comme vous voudrez, répondit la princesse, j’ai pris mon parti. Le génie est une manière d’être du cerveau, je ne sais pas ce qu’y gagne le cœur, nous en causerons plus tard. »

les avertissements de Rastignac (qui a payé de sa personne avec Diane):

« — Michel avait raison de l’aimer, répondit d’Arthez, c’est une femme extraordinaire.

— Bien extraordinaire, répliqua railleusement Rastignac. À votre accent, je vois que vous l’aimez déjà ; vous serez chez elle avant trois jours, et je suis un trop vieil habitué de Paris pour ne pas savoir ce qui va se passer entre vous. Eh ! bien, mon cher Daniel, je vous supplie de ne pas vous laisser aller à la moindre confusion d’intérêts. Aimez la princesse si vous vous sentez de l’amour pour elle au cœur ; mais songez à votre fortune. Elle n’a jamais pris ni demandé deux liards à qui que ce soit, elle est bien trop d’Uxelles et Cadignan pour cela, mais, à ma connaissance, outre sa fortune à elle, laquelle était très-considérable, elle a fait dissiper plusieurs millions. Comment ? pourquoi ? par quels moyens ? personne ne le sait, elle ne le sait pas elle-même. Je lui ai vu avaler, il y a treize ans, la fortune d’un charmant garçon et celle d’un vieux notaire en vingt mois. »

(c’est quand même un peu mieux que nos modernes escort-girls, non ? et puis une aristocrate…)

la princesse se met à l’affût :

« En revenant chez elle, la princesse ne discuta pas plus avec elle-même que d’Arthez ne se défendit contre le charme qu’elle lui avait jeté. Tout était dit pour elle : elle aimait avec sa science et avec son ignorance. Si elle s’interrogea, ce fut pour se demander si elle méritait un si grand bonheur, et ce qu’elle avait fait au ciel pour qu’il lui envoyât un pareil ange. Elle voulut être digne de cet amour, le perpétuer, se l’approprier à jamais, et finir doucement sa vie de jolie femme dans le paradis qu’elle entrevoyait. Quant à la résistance, à se chicaner, à coqueter, elle n’y pensa même pas. Elle pensait à bien autre chose ! Elle avait compris la grandeur des gens de génie, elle avait deviné qu’ils ne soumettent pas les femmes d’élite aux lois ordinaires. Aussi, par un de ces aperçus rapides, particuliers à ces grands esprits féminins, s’était-elle promis d’être faible au premier désir. D’après la connaissance qu’elle avait prise, à une seule entrevue, du caractère de d’Arthez, elle avait soupçonné que ce désir ne serait pas assez tôt exprimé pour ne pas lui laisser le temps de se faire ce qu’elle voulait, ce qu’elle devait être aux yeux de cet amant sublime.

Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille  »

elle appâte sa proie (c’est Diane qui parle, et dit leur fait aux actuelles féministes geignardes avec près de 2 siècles d’avance) :

« Quelle sottise aux femmes de se plaindre ! Si elles n’ont pas été les plus fortes, elles ont manqué d’esprit, de tact, de finesse, elles méritent leur sort. Ne sont-elles pas les reines en France ? Elles se jouent de vous comme elles le veulent, quand elles le veulent, et autant qu’elles le veulent. Elle fit danser sa cassolette par un mouvement merveilleux d’impertinence féminine et de gaieté railleuse. — J’ai souvent entendu de misérables petites espèces regretter d’être femmes, vouloir être hommes ; je les ai toujours regardées en pitié, dit-elle en continuant. Si j’avais à opter, je préférerais encore être femme. Le beau plaisir de devoir ses triomphes à la force, à toutes les puissances que vous donnent des lois faites par vous ! Mais quand nous vous voyons à nos pieds disant et faisant des sottises, n’est-ce donc pas un enivrant bonheur que de sentir en soi la faiblesse qui triomphe ? Quand nous réussissons, nous devons donc garder le silence, sous peine de perdre notre empire. Battues, les femmes doivent encore se taire par fierté : le silence de l’esclave épouvante le maître.

Ce caquetage fut sifflé d’une voix si doucement moqueuse, si mignonne, avec des mouvements de tête si coquets, que d’Arthez, à qui ce genre de femme était totalement inconnu, restait exactement comme la perdrix charmée par le chien de chasse. »

(« elles sont la flèche, et nous la cible » dixit Nougaro)

bref… je ne veux pas être trop long quand même, on lira avec une admiration horrifiée (et fascinée) le gros mensonge de la princesse qui se fait passer pour la victime de sa mère qui lui a refourgué il est vrai son amant comme mari, un mari qui n’est pas du tout un monstre comme Mr de Mortsauf mais un militaire assez « cool » qui laisse entière liberté à sa femme (il faut dire qu’il serait idiot de vouloir stopper le tsunami de 2004 ou l’éruption du Vésuve) pour ses « petites aventures » :

« Et ! bien, ne serais-je pas condamnée par le monde ? Et cependant vingt ans de souffrances n’excuseraient-elles pas une dizaine d’années qui me restent à vivre encore belle, données à un saint et pur amour ? Cela ne sera pas, je ne suis pas assez sotte que de diminuer mes mérites aux yeux de Dieu. J’ai porté le poids du jour et de la chaleur jusqu’au soir, j’achèverai ma journée, et j’aurai gagné ma récompense…

— Quel ange ! pensa d’Arthez »

(oui, mais un ange qui a en plus quelques « talents » que ne désavouerait pas Aphrodite, ou bien Messaline)

« Savez-vous le mot infâme qui m’a fait faire d’autres folies ? Inventerez vous jamais l’horrible des calomnies du monde ? — La duchesse de Maufrigneuse est revenue à son mari, se disait-on. — Bah ! c’est par dépravation, c’est un triomphe que de ranimer les morts, elle n’avait plus que cela à faire, a répondu ma meilleure amie, une parente, celle chez qui j’ai eu le bonheur de vous rencontrer.

— Madame d’Espard ! s’écria Daniel en faisant un geste d’horreur.

— Oh ! je lui ai pardonné, mon ami. D’abord le mot est excessivement spirituel, et peut-être ai-je dit moi-même de plus cruelles épigrammes sur de pauvres femmes tout aussi pures que je l’étais »

elle est forte la bougresse !

mais c’est encore ce voyou de Maxime de Trailles qui la connaît le mieux…hommage rendu par le caniveau à Aphrodite sur l’Olympe :

« Chez Diane la dépravation n’est pas un effet, mais une cause ; peut-être doit-elle à cette cause son naturel exquis : elle ne cherche pas, elle n’invente rien ; elle vous offre les recherches les plus raffinées comme une inspiration de l’amour le plus naïf, et il vous est impossible de ne pas la croire. »

et la réponse foudroyante de l’homme de génie face à ces « petits » gnomes qui confondent spirituel et « spiritueux » :

« Le plus grand tort de cette femme est d’aller sur les brisées des hommes, dit-il. Elle dissipe comme eux des biens paraphernaux, elle envoie ses amants chez les usuriers, elle dévore des dots, elle ruine des orphelins, elle fond de vieux châteaux, elle inspire et commet peut-être aussi des crimes, mais

Jamais aucun des deux personnages auxquels répondait d’Arthez n’avait entendu rien de si fort. Sur ce mais, la table entière fut frappée, chacun resta la fourchette en l’air, les yeux fixés alternativement sur le courageux écrivain et sur les assassins de la princesse, en attendant la conclusion dans un horrible silence.

Mais, dit d’Arthez avec une moqueuse légèreté, madame la princesse de Cadignan a sur les hommes un avantage : quand on s’est mis en danger pour elle, elle vous sauve, et ne dit de mal de personne. Pourquoi, dans le nombre, ne se trouverait-il pas une femme qui s’amusât des hommes, comme les hommes s’amusent des femmes ? Pourquoi le beau sexe ne prendrait-il pas de temps en temps une revanche ?… »

et je ne peux pas oublier cela, où Balzac « discrimine » entre femmes d’élite (qui n’existent plus en nos jours bourgeois de foule sentimentale) et femmes… ordinaires (dirons nous par pure charité…chrétienne ?) :

«  Il y avait je ne sais quoi de fin, de délicat dans ce discours qui le toucha aux larmes. La princesse sortait de toutes les conditions ignobles et bourgeoises des femmes qui se disputent et se chicanent pièce à pièce sur des divans, elle déployait une grandeur inouïe ; elle n’avait pas besoin de le dire, cette union était entendue entre eux noblement. Ce n’était ni hier, ni demain, ni aujourd’hui ; ce serait quand ils le voudraient l’un et l’autre, sans les interminables bandelettes de ce que les femmes vulgaires nomment un sacrifice ; sans doute elles savent tout ce qu’elles doivent y perdre, tandis que cette fête est un triomphe pour les femmes sûres d’y gagner. Dans cette phrase, tout était vague comme une promesse, doux comme une espérance et néanmoins certain comme un droit. Avouons-le ? Ces sortes de grandeurs n’appartiennent qu’à ces illustres et sublimes trompeuses, elles restent royales encore là où les autres femmes deviennent sujettes. »

La princesse attend le résultat de ce « dîner » au cours duquel elle peut tout perdre…ces aventurières du sexe et de l’esprit ont au fond une mentalité encore plus « risque tout » que n’importe quel général d’armée ou capitaine d’industrie :

« Elle ne savait quel parti prendre au cas où d’Arthez croirait le monde qui dirait vrai, au lieu de la croire, elle qui mentait ; car, jamais un caractère si beau, un homme si complet, une âme si pure, une conscience si ingénue ne s’étaient offerts à sa vue, à sa portée. Si elle avait ourdi de si cruels mensonges, elle y avait été poussée par le désir de connaître le véritable amour. Cet amour, elle le sentait poindre dans son cœur, elle aimait d’Arthez ; elle était condamnée à le tromper, car elle voulait rester pour lui l’actrice sublime qui avait joué la comédie à ses yeux. Quand elle entendit le pas de Daniel dans la salle à manger, elle éprouva une commotion, un tressaillement qui l’agita jusque dans les principes de sa vie.. »

(charmante façon pour Balzac d’évoquer les signes annonciateurs de l’orgasme féminin… ah le continent noir !)

et enfin la mise à mort.. ou plutôt à VIE (« je suis un petit taureau » chantait dans le temps Nougaro je crois ?) :

« — Daniel, on m’a calomniée et tu m’as vengée ! s’écria-t-elle en se levant et en lui ouvrant les bras.

Dans le profond étonnement que lui causa ce mot dont les racines étaient invisibles pour lui, Daniel se laissa prendre la tête par deux belles mains, et la princesse le baisa saintement au front.

— Comment avez-vous su…

Ô niais illustre ! ne vois-tu pas que je t’aime follement ?

Depuis ce jour, il n’a plus été question de la princesse de Cadignan, ni de d’Arthez. La princesse a hérité de sa mère quelque fortune, elle passe tous les étés à Genève dans une villa avec le grand écrivain, et revient pour quelques mois d’hiver à Paris. D’Arthez ne se montre qu’à la Chambre, et ses publications sont devenues excessivement rares. Est-ce un dénoûment ? Oui, pour les gens d’esprit, non, pour ceux qui veulent tout savoir »

Eh oui ! ceux qui veulent tout savoir, pas « les faits » (les tristes faits, les secrets de polichinelle de ce qui se passe entre un homme et une femme dans un lit, ou ailleurs) mais le derrière et le devant, le pourquoi et le comment… pourquoi tout ça ? pour ça ?!!!

quelle est la « magie » de ce récit (à part la forme, qui est admirable, et dont j’ai essayé de donner une petite idée par quelques citations) ?

ce qui nous est présenté là, c’es, osons quelques mots de moralistes (mal venus donc) :

LE MAL

un être supérieur, une femme d’une beauté, d’une audace et d’une intelligence extraordinaires, dupe un autre être en déployant tous les « filets » trompeurs qui vont le capturer… et ce genre de femme n’échoue jamais (sauf si Dieu s’en mêle bien sûr, mais j’ai du mal à me représenter Dieu espionnant les chambres à coucher, je ne suis guère adepte de l’Islam).

Mais de ce MAL à la fois fascinant et glaçant, va sortir un BIEN

supérieur !

Le MAL, c’est quand la conscience, une conscience, toute conscience, n’est pas libre mais asservie
Quand c’est un ministre, ça va encore…mais pas quand c’est Daniel d’ Arthez!
car cet homme, proie de cette Diane chasseresse qui est en même temps une Vénus des carrefours (mais pas n’importe quels carrefours), c’est plus qu’un homme supérieur, c’est un homme de génie, comme il n’y en a pas cinq par siècle!

sa faiblesse d’ascète qui n’a jamais connu « ce genre de femmes », et peut donc être berné facilement par elle (mais pour l’amour vrai ! la bonne cause, donc !), s’accompagne de la force spirituelle qui est en quelque sorte un pont vers le divin, vers le monde de l’esprit…

et nous pouvons donc imaginer que ces deux êtres vont trouver ensemble, sans être mariés(justement pour ça, peut être ?) à la fois une vie « heureuse » qui donnera à la chair ses « accomodements raisonnables » (car enfin une femme telle que Diane chasseresse de Maufrigneuse ne peut pas devenir une nonne, quand même) et une « aventure de l’esprit » qui leur permettra de « se transcender eux mêmes », puisque l’homme est un pont et non un but, vers cet amour d’esprit à esprit qui , peut être, « débouche dans l’éternité » ?

pour reprendre le mot de Brunschvicg :

« il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de « culbuter la mort« ; mais, puisque le salut est en nous, n’est il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale?  »

mais bien entendu, je n’ai jamais fait de stage de tantrisme, je suis donc un ignorant profond !

et, pour parler comme Balzac à la fin du Cousin Pons (autre roman admirable!) :

« excusez les fautes du copiste ! »

PS :

La chanson de Nougaro , « je suis un petit taureau »

Petit-taureau

elle ne peut pas ne pas nous ramener à une autre histoire d’amour qui fut aussi une mise à mort, réelle cette fois, dans le Japon de 1936 :

« Ai no corrida » , la corrida de l’amour, si mal traduit par le titre français « L’empire des sens », basé sur des faits réels; je lui avais consacré un article dans le temps, à propos d’ un autre film, « Punch drunk love », et en fait avec comme propos final encore un autre film de Paul Thomas Anderson, « There will be blood » (comme j’étais compliqué en ce temps là) :

Punch-drunk-love

et

I-am-finished

Eh bien somme toute il me semble que la nouvelle de Balzac est plus, comment dire, « prometteuse »
sinon édifiante (ce dont la philosophie doit se garder) que la belle histoire de « Punch drunk love », et même que cet amour absolu illuminant la geisha faisant l’ amour avec son « Maître », à tel point qu’elle l’ étrangle (avec son accord), lui tranche le sexe et garde ce trophée en son intimité pour des heures d’errance avant d’ être arrêtée… On me trouvera sans doute vieux jeu mais j’aurais préféré qu’il reste en vie et qu’ils puissent partager ce satori incommunicable, qu’ils se libèrent dans cette connaissance partagée de l’enfermement de leurs conditions sociales respectives dans une sorte de dialectique : Hegel plus la fellation moins le meurtre et la castration… mais évidemment toute « connaissance » même libératrice reste dans le domaine de la dualité je sais…j’espère qu’ on pardonnera mon occidentalocentrisme mesquin, mais comme je suis persuadé qu’il n’y aura pas d’ épiphanie de la vérité ni a fortiori de l’un…..

Reste la scène finale de « There will be blood » , la plus grande et ténébreuse de tout le cinéma à mon sens: là nous ne sommes plus dans l’amour, ni absolu ni divin ni trop humain mais dans son contraire l’enfer…et cette scène ne déparerait pas certains des romans les plus sombres de Balzac, comme « La rabouilleuse »

le principe d’immanence et la philosophie comme connaissance intégrale

comme vu dans l’article précédent :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/24/roger-verneaux-histoire-de-la-philosophie/

Brunschvicg n’a pas varié d’un pouce au cours de sa longue vie philosophique sur ce « principe d’immanence », comme l’appelle Roger Verneaux (qui ne l’accepte pas) , qui est posé dès le début de sa thèse dans « La modalité du jugement » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/modalite_du_jugement/modalite_du_jugement.html

autant examiner le texte complet du passage où figurent les lignes célèbres citées par Verneaux , il se situe dès le début du chapitre 1.

« Tandis que, dans une science déterminée, le savant étudie, suivant une méthode qui lui est imposée à l’avance, un objet dont il a admis à l’avance l’existence, le philosophe doit commencer par découvrir l’objet et la méthode de sa recherche, objet toujours nouveau, méthode toujours nouvelle, en ce sens qu’il lui demeure toujours possible d’en fournir une démonstration originale et plus profonde. C’est que la philosophie veut être une connaissance intégrale : or une connaissance ne peut espérer de devenir intégrale qu’à la condition de pouvoir sans cesse élargir son objet et perfectionner sa méthode. »

la philosophie n’est pas la science, bien que celle ci en soit, pour employer un lexique cher à Badiou, la « condition », puisque la philosophie est la réflexion intellectuelle sur la science….(mais aussi sur l’art, il est vrai)

Brunschvicg va ensuite s’attacher à expliciter cette notion de « connaissance intégrale » , et explique pourquoi elle amène nécessairement la philosophie à évoluer du stade métaphysique de l’ancienne ontologie (attachée à la poursuite naïve de l’objet total) au stade critique :

« Que sera cette connaissance intégrale ? Ce sera, semble-t-il, la connaissance de l’objet total. Les premiers métaphysiciens se sont, en effet, attachés à l’objet pour le déterminer comme total ; mais l’impossibilité d’atteindre à un résultat stable dut convaincre l’esprit que non seulement le problème ainsi posé dépassait la puissance de l’intelligence humaine, mais qu’il était même incompatible avec sa nature. Comment être sûr, en effet, que l’objet était directement atteint, était absolument objet, alors qu’on faisait abstraction de la connaissance que nous en prenons ? Avant de prétendre juger une oeuvre étrangère, il faut en avoir fixé la traduction ; avant de discuter sur l’objet, il faut en posséder la connaissance intégrale. Dans l’ordre philosophique, l’intuition de l’objet suppose la réflexion sur cette prétendue intuition. Bref, la philosophie qui était une ontologie, devint la critique, c’est-à-dire que l’être en tant qu’être cessa d’être une idée philosophique, puisque c’est par définition même la négation de l’idée en tant qu’idée. »

et c’est alors que les lignes , citées par Verneaux, où se trouve enchâssé le dit « principe d’immanence » , arrivent tout naturellement :

« La spéculation philosophique, étant un genre de connaissance, ne peut décider que de l’être en tant que connu, ou, mieux encore, puisqu’elle pose d’une façon absolue le problème de la connaissance, elle juge la connaissance en tant qu’être. De ce point de vue auquel il faut que l’esprit s’accoutume lentement et laborieusement, la connaissance n’est plus un accident qui s’ajoute du dehors à l’être, sans l’altérer, comme est devant un objet un verre parfaitement transparent ; la connaissance constitue un monde qui est pour nous le monde. Au-delà il n’y a rien ; une chose qui serait au-delà de la connaissance, serait par définition l’inaccessible, l’indéterminable, c’est-à-dire qu’elle équivaudrait pour nous au néant. »

Et il vaut la peine de lire dans la foulée la suite, qui explicite cette thèse et la rend parfaitement claire :

« La philosophie procède par concepts ; or un concept n’enferme intégralement qu’un autre concept. L’intelligence. n’est transparente qu’à l’intelligence ; la seule certitude peut être objet de certitude. Toute doctrine par conséquent qui présenterait une faculté non représentative, le sentiment ou la volonté, comme supérieure à la représentation et comme indépendante d’elle, sera une doctrine non philosophique. Elle pourra exprimer une grande vérité religieuse ; elle pourra avoir une grande efficacité morale ; mais elle ne sera pas susceptible de justification rationnelle, et elle sera reléguée à bon droit parmi les doctrines qualifiées de sentimentales, de mystiques, ou de tout autre nom qui en marque le caractère irrationnel. »

et ensuite Brunschvicg précise la distinction capitale entre philosophie et science, et caractérise cette « connnaissance intégrale » qu’est la philosophie comme « connaissance de soi » (Socrate !), comme connaissance réflexive de l’activité intellectuelle (la réflexion étant, comme l’a montré Robberechts, la méthode même du spinozisme) :

« dans toute étude d’ordre scientifique, l’esprit qui connaît et l’objet qui est à connaître sont en présence l’un de l’autre, tous deux supposés fixes et immuables. Si l’esprit de l’observateur était altéré par l’observation même, si la loi des phénomènes pouvait être modifiée au cours de l’expérience, il n’y aurait plus de place pour une vérité scientifique. Aussi l’étude de la connaissance, quand elle veut procéder d’une façon scientifique, doit-elle se donner à elle-même un objet qui puisse être mis en quelque sorte à l’abri de toute modification survenant au cours même de l’observation et due au caprice de l’observateur ; par exemple, elle enferme la pensée dans le langage qui, par hypothèse au moins, l’enveloppe et la moule exactement ; c’est à travers les formes du langage qu’elle étudie les lois de la pensée, et ainsi c’est à bon droit qu’une telle science peut prétendre à l’objectivité. Mais, à cause de cette objectivité même, cette science n’épuise pas la connaissance de la connaissance. Elle repose, en effet, sur un postulat, parce qu’elle est une science et que toute science implique ce postulat nullement négligeable qui est le savant. Or le savant peut, et doit, s’étudier lui-même. Alors il met en question ce qui était le postulat de la science, c’est-à-dire qu’il franchit les limites de la science pour essayer d’atteindre à la réflexion philosophique. Au regard de cette réflexion, l’analyse de la connaissance est toute différente de l’analyse scientifique que nous présentions tout d’abord

Dans cette science objective de la connaissance, il. était permis au savant, psychologue ou philologue, de comparer les différentes phases par lesquelles passait l’enfant et de suivre l’évolution de son esprit depuis le jeu automatique de la conscience spontanée jusqu’au mécanisme du raisonnement le plus abstrait ; c’est là une question d’ontogenèse, l’étude d’un enfant par un adulte, analogue à celle de l’embryologie. Mais s’ensuit-il que, philosophiquement, la pensée d’un savant lui-même, la pensée rationnelle, ait pu naître à la suite d’une pareille évolution ? qu’elle ne soit que la résultante de sensations et d’associations ? Posée en ces termes, la question n’a plus de sens ; car il faudrait, pour la résoudre, que le savant se supposât lui-même disparu, et se demandât ce qu’il pouvait être avant qu’il fût, qu’il se fît à la fois, suivant l’expression platonicienne, plus jeune et plus vieux que lui-même. »

et l’idéalisme , porté par  Brunschvicg , comme le reconnaît fort justement Verneaux,  à son stade de perfection, apparaît alors, tel un fruit mûr tombant de l’arbre, comme la seule solution au problème de la philosophie conçue comme « connaissance intégrale », c’est à dire comme connaissance de l’activité de l’esprit par l’esprit lui même :

« En d’autres termes, si on a pu dire que le matérialisme est condamné par cela seul que l’organisation de l’univers, telle que l’imagine le matérialisme, ne laisserait pas de place à une doctrine de philosophie comme le matérialisme lui-même, il en est de même encore de l’empirisme, entendu comme une métaphysique : la méthode de l’empirisme suffirait pour enlever toute valeur à une philosophie empirique. Puisque la philosophie est une œuvre de réflexion, le seul objet directement accessible à la réflexion philosophique, c’est la réflexion elle-même. Tant qu’il y a disproportion entre le contenu et la forme, entre le système et la méthode, il ne peut y avoir de connaissance intégrale. Pour qu’il y ait une telle connaissance, il faut que l’esprit s’engage tout entier dans la solution du problème. L’esprit ne se donne plus un objet qui soit fixe et qui demeure posé devant lui ; il cherche à se saisir lui-même dans son mouvement, dans son activité, à atteindre la production vivante, non le produit qu’une abstraction ultérieure permet seule de poser à part. Au-delà de l’action qui en est la conséquence éloignée, au-delà des manifestations encore extérieures que le langage en révèle, c’est jusqu’à la pensée que la pensée doit pénétrer. L’activité intellectuelle prenant conscience d’elle-même, voilà ce que c’est que l’étude intégrale de la connaissance intégrale, voilà ce que c’est que la philosophie.

Ainsi une philosophie intellectualiste peut être une philosophie de l’activité ; elle ne peut être véritablement intellectualiste qu’à la condition d’être une philosophie de l’activité. »

et enfin, le sage enfonce un « clou » définitif (façon de parler bien sûr) qui premettra ensuite de comprendre la distinction de la raison comme langage et de la Raison comme Verbe , « logos endiathetos » ; la nature religieuse de la philosophie est donc au coeur de cet idéalisme, qui ne peut vivre qu’en se distinguant dès le départ de tout mysticisme (comme c’était aussi le cas chez Spinoza, mais de manière certes moins claire) :

« Seulement, au lieu de choisir arbitrairement un type d’activité et de vider cette activité de toute espèce de contenu intelligible, de sorte qu’il ne puisse plus y en avoir que des symboles aveugles, elle conçoit cette activité sur le seul type qui soit accessible à l’intelligence, et qui permette, par suite, d’assigner à l’activité sa raison d’être, sur le type de l’activité intellectuelle. De même, elle ne refuse pas de considérer les paroles qui expriment au dehors la pensée ; mais il est vrai que si on s’en tenait à cette constatation extérieure, ces paroles n’auraient plus de valeur. En un mot, si elles prétendaient se suffire à elles-mêmes et se passer de principes intelligibles, la science de la pratique se confondrait avec le mysticisme, comme la psychologie empirique avec le verbalisme. C’est à la philosophie, telle que nous l’avons définie ici, qu’il appartient de donner la lumière à l’une, à l’autre le mouvement. »

la seule activité accessible à l’intelligence, c’est sa propre activité !

le caractère mathématique de la physique découle de là …

Il faut toujours revenir à ces lignes (et à ce livre) dès que l’on se sent prêt, par fatigue ou fascination pour les mystiques, ou les philosophes thomistes ou averroïstes, à céder et reculer d’un pouce et à transiger sur la nature de l’idéalisme philosophique, qui doit demeurer de manière intransigeante l’idéalisme mathématisant : puisque les idées mathématiques sont le modèle même des idées, où il n’y a aucune distance entre « celui qui réfléchit sur son activité » et cette activité elle même !

 

 

 

Roger Verneaux : histoire de la philosophie

http://books.google.fr/books?id=e1LWEugsiF8C&pg=PA95&lpg=PA95&dq=brunschvicg+sartre&source=bl&ots=F7EMhnn69o&sig=hlQAfc2_-AN1K7OvGMkGudOl5DA&hl=fr#v=onepage&q=brunschvicg%20sartre&f=false

ce livre est en lecture partielle sur Google, le chapitre consacré à l’idéalisme français va de la page 63 à la page 96, et il est accessible en sa plus grande partie.

Verneaux sépare l’idéalisme en deux grandes « régions » : les disciples de Hegel, dont les deux plus importants sont Renouvier et Hamelin; et ceux de Fichte, il étudie plus spécialement Lachelier et Brunschvicg.

Le rationalisme de Hegel peut être considéré comme absolu, mais il est aussi a priori, ce qui constitue la critique rédhibitoire de Brunschvicg.

Fichte, en tout cas le « premier » Fichte (celui de 1794-95) , conçoit la philosophie et la science, c’est à dire la recherche de la vérité, comme effort indéfini, il refuse de s’établir en un « monde spirituel » et de parler d’un Esprit Absolu qui SERAIT avant  la poursuite de la connaissance humaine et la transcenderait.

Brunschvicg se situe à mon avis exactement en cette ligne avec le « principe d’immanence » qui est posé dès sa thèse « La mondalité du jugement » et sur lequel il ne reviendra jamais.

Verneaux a donc raison de partir de ce principe dès la page 84, car toute la pensée de Brunschvicg y est en quelque sorte « enveloppée » :

« la connaissance constitue un monde qui est pour nous le monde. Au delà il n’y a rien : une chose qui serait au delà de la connaissance serait par définition l’inaccessible, l’inconnaissable, c’est à dire qu’elle équivaudrait pour nous au néant »

et il a raison aussi d’attendre la fin de l’article pour donner son « verdict » sur ce principe, qui est négatif puisque Verneaux est réaliste (et thomiste me semble t’il) :

page 95

« à notre avis il n’y a pas de faille dans l’idéalisme de Brunschvicg ; son seul défaut, mais il est rédhibitoire, est d’être idéaliste »

page 94 :

« Brunschvicg nous semble avoir porté l’idéalisme à son point de perfection…l’idéalisme a disparu de la scène philosophique avec lui »

voir aussi un intéressant parallèle avec l’existentialisme, qui doit à l’idéalisme brunschvicgien tout ce qu’il a de juste,  en fin de l’article page 95 : trois thèmes brunschvicgiens survivent dans l’existentialisme : l’absurdité du réel (qui correspond à la forme d’extériorité de « La modalité du jugement »), la création des valeurs (mais que Sartre conçoit comme le fait de la conscience individuelle, soit un « idéalisme subjectiviste » rejeté par Brunschvicg) et enfin la liberté de l’esprit.

On est ce qu’on se fait : mais, comme le fait remarquer fort justement Verneaux, Brunschvicg est intellectualiste et voit l’action de l’homme dans la science , la réflexion, la compréhension, bref la philosophie; ce n’est pas le cas de Sartre, qui tombe donc dans le matérialisme dialectique marxiste.

Le Dieu de la réflexion autonome et le Dieu de la tradition ethnique

Dans sa réponse aux objections de Gilson lors de la « querelle de l’athéisme » de1928 que nous avons déjà commencé à méditer, Brunschvicg aborde plusieurs des thèmes que nous avosn abordés récemment, la conception de la vérité mathématique et l’incompatibilité entre le Dieu des religions (monothéistes) et le Dieu des philosophes :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

page 192 et suivantes :

« Le philosophe, en allant au bout de sa pensée, en imposant au principe de communion qui est intelligence et amour une condition stricte de vérité spirituelle, ne risque-t-il pas de briser ce principe lui-même, sinon dans sa raison d’être éternelle, du moins dans son efficacité immédiate ? La philosophie fait-elle œuvre salutaire, lorsqu’elle dissout l’amas de traditions et de légendes qui maintiennent la cohésion d’une société donnée ? »

la réponse est OUI, et si les abrutis qui manifestent actuellement , en tuant des innocents, contre un film d’une médiocrité absolue qui vise seulement à la provocation , avaient un tant soit peu d’intelligence, ils s’en prendraient plutôt… aux philosophes, bien plus dangereux pour l’idolâtrie des dogmes que des dessins ou des films blasphémateurs.

sauf que les philosophes véritables dont parle ici Brunschvicg n’existent pratiquement plus de nos jours.

Mais ils ont existé, Brunschvicg cite Platon et Fichte, en signalant toutefois leur manque de courage pour aller jusqu’au bout, sans concession aucune aux traditions et mythologies :

« Sur ce point, les penseurs qui ont le mieux défini les conditions d’un idéalisme authentique, l’auteur du livre VII de la République et l’auteur de la première Wissenschaftslehre ont senti leur courage fléchir. Platon a consenti à la mythologie du Phèdre et du Phédon, à ce récit d’une chute initiale et à cette espérance d’une immortalité psychique, qui ont été promus plus tard à la dignité de dogmes. Fichte s’est résigné à dégrader le Verbe dans le plan biologique, à faire du savoir quelque chose de second par rapport à l’Être du Non-Savoir. J’ai cherché par contre, ce qui arrive au XXe siècle, après trois siècles de civilisation, pour un philosophe qui résiste à une tentation dont je suis le premier à dire qu’elle est une tentation humaine, trop humaine. Et ici je me suis trouvé en face de l’alternative que vous n’acceptez pas : ou sociologie ou philosophie — le Dieu d’une tradition ethnique ou le Dieu de la réflexion autonome. »

tous deux ont cédé à la tentation de « dégrader le Verbe » (symbolisé par le Christ) dans le plan biologique ou psychique : or le spirituel est au dessus de la matière, de la vie, et de l’âme (psyché), matière et vie qui sont la « fatalité qui s’impose à nous » selon Brunschvicg.

Et Pascal dans tout ça ?

Pascal que Brunschvicg a tellement admiré toute sa vie qu’il a consacré une grande partie de celle ci à l’édition de ses oeuvres…

et pourtant ils s’opposent comme le jour et la nuit !

pas si sûr !

car  Pascal  remplit un rôle très précis dans l’économie de la pensée religieuse brunschvicgienne :

« J’ai donc fait usage des paroles de Pascal, parce qu’elles devaient me servir, plus que toute autre, à mettre en lumière l’objectivité du problème qui domine la conscience religieuse depuis que science et philosophie ont repris une signification claire et distincte.

Je n’ai naturellement pas à rechercher ici dans quelle mesure la pensée de Pascal peut se réduire à l’interprétation de l’Ancien Testament. À moins que le mysticisme ne soit rien de plus que la participation à des représentations collectives, Pascal n’est point du tout un mystique : nul ne s’est davantage refusé à la certitude et à la joie de la vie unitive qui passerait, fût-ce dans un moment d’extase, par-dessus la nécessité de l’exercice et nous donnerait l’illusion la plus dangereuse pour le salut, celle d’avoir franchi dès ici-bas la distance entre le jugement de Dieu, toujours suspendu dans sa terrible incertitude, et l’indignité radicale de la créature. »

Pascal n’est pas un mystique, contrairement à ce qu’affirme Michel Serre qui disait l’autre jour sur France Info que Pascal est la preuve vivante que l’on peut être à la fois un grand scientifique et un grand mystique.

Pascal est quand même, d’une certaine façon, « du côté » de Brunschvicg en ce qu’il refuse de céder sur la nécessité continuelle de l’effort qui est proprement la religion philosophique.

C’est, peut être, le sens philosophique (?) de l’aventure de Moïse qui meurt avant d’entrer en Terre Promise.

La Terre promise, ce serait l’épiphanie de la vérité, qui ne viendra jamais comme le dit Badiou.

La vérité c’est l’effort vers la vérité, la recherche de la vérité : personne ne pourra jamais se vanter de la détenir dans le creux de la main, sauf les chefs de sectes …

tel est le sens de l’idéalisme véritable :

« à l’idéal d’une création absolue telle que l’imagination la figurait en Dieu, il s’agit de substituer la réalité d’une création humaine, dans les conditions où effectivement elle est expérimentée et vérifiée. La substitution de l’idéalisme au réalisme, c’est pour moi, en dépit des mauvaises habitudes du langage vulgaire, la substitution de cette réalité à cet idéal. Si donc je regrette peu l’idéalisme de l’a priori, c’est pour la raison qui fait peut-être que vous me l’attribuez, parce qu’il est une simple contrefaçon du réalisme. Et, afin de bien vous convaincre que vous n’êtes pas en face d’une parade improvisée à vos questions, tout inattendues qu’elles sont pour moi, je me permets de vous rappeler un livre, écrit il y a bien longtemps, qui reposait tout entier sur la dualité irréductible des fonctions du Verbe : le Verbe de l’extériorité objective et le Verbe de l’intériorité intellectuelle, entre lesquelles actions et réactions incessantes provoquent le progrès de l’esprit. Je suis idéaliste, parce que l’idéalisme est la seule doctrine qui ne rencontre aucune difficulté, qui n’apporte aucune réserve, dans la définition de l’être par le progrès.

Vous voyez donc pourquoi je n’accepte pas le principe de vos objections. Pour vous, avant que les mathématiciens aient commencé leurs calculs théoriques, avant que les physiciens se soient enfermés dans leur laboratoire, il y avait, écrit quelque part, un manuel complet de mathématique absolue et de physique intégrale, un manuel dont le premier homme aurait pu avoir l’intuition immédiate, s’il était demeuré plus docile à l’ordre reçu de Dieu, et dont il est encore à espérer que plus tard, ailleurs que sur terre, quelques-uns d’entre nous obtiendront la révélation lumineuse. Et alors ce manuel, qu’aucun de nous ne possède, vous croyez pouvoir vous en servir comme d’un système sûr de référence, et vous le brandissez devant l’esprit humain pour l’enfermer dans une sorte de dilemme : ou il le connaît tout de suite dans sa totalité ou il n’en connaîtra jamais rien. Vous vous plaignez, ou plutôt vous me plaignez, parce que j’ai travaillé à une histoire de la pensée, sans avoir su justifier que la raison eût une histoire. À vrai dire, j’avais l’impression que c’était ce que j’avais fait à chacune des pages ou, si vous aimez mieux, à chacune des lignes que j’ai pu écrire. Elles tendent toutes à la démonstration d’une thèse unique : c’est dans l’histoire que l’esprit conquiert, naturellement et nécessairement, la conscience de son éternelle actualité. »

ce manuel , ce n’est autre que le « Coran céleste » : un pur fantasme !

il est vrai que même les mathématiciens lui donnent un nom , par exemple dans le très beau livre :

« Proofs from THE BOOK »

http://en.wikipedia.org/wiki/Proofs_from_THE_BOOK

http://www.iecn.u-nancy.fr/~chassain/djvu/Proofs-from-the-Book-2004.pdf

mais ce n’est justement là qu’un nom !

Alhazen et le théorème de Wilson

Ce lien :

http://www.math.jussieu.fr/~beck/pdf/cplt-wilson.pdf

donne trois démonstrations élégantes du théorème de Wilson, qui donne un critère (difficile à appliquer en pratique) de la primalité d’un nombre :

Un nombre N est premier si et seulement si :

(N-1) ! + 1 ≡ 0 modulo N

ce qui veut dire : la factorielle de N – 1 à laquelle on additionne 1 est un nombre divisible par N

(la factorielle de N étant le produit des nombres de 1 à N).

Ce lien attribue la découverte de ce théorème au mathématicien arabe Ibn Al -Haytham appelé aussi Alhazen.

Seulement la question se pose : l’a t’il seulement conjecturé, ou démontré ?

Selon le lien Wikipedia, il l’a énoncé, mais pas démontré :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Wilson

« Le premier texte à faire référence à ce résultat est énoncé par le mathématicien arabe Alhazen (965 – 1039) »

Je me risquerai à dire que si l’on avait retrouvé une démonstration de lui, ça se saurait !

Or cette question est importante car elle débouche sur un problème philosophique et donc (selon moi) RELIGIEUX de la plus haute importance.

Ce problème philosophique est lié à la citation de Brunschvicg que j’ai déjà rappelée :

« les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme et de l’athéisme sont : le vrai est, le bien est, Dieu est »

ce qu’il faut bien comprendre c’est que les trois vont toujours ENSEMBLE : scpeticisme, immoralisme et athéisme vont par trois !

Si l’on décrète que le VRAI EST (indépendamment ou « avant » que l’homme ne le découvre vrai) alors on arrive forcément à dire que le bien est et que Dieu est, et l’on aboutit nécessairement au scepticisme, à l’immoralisme et à l’athéisme.

La démonstration de ce point est donnée par Brunschvicg dans cet article qui date de la fin du 19 ème siècle :

http://www.scribd.com/doc/2966162/Brunschvicg-spiritualisme-et-sens-commun

et j’en avais donné un commentaire ici :

http://www.blogg.org/blog-76490-billet-atheisme__spiritualisme__philosophie_et_sens_commun_selon_brunschvicg-955910.html

http://www.blogg.org/blog-76490-billet-l__atheisme_nous_va_si_bien___l_initiation_selon_brunschvicg-958406.html

Quel rapport avec le théorème de Wilson ?

si le VRAI EST, cela veut dire que le théorème de Wilson est VRAI avant que l’humanité (ou éventuellement tout autre être intelligent capable de faire des mathématiques, mais nous ne connaissons pas actuellement de tels êtres) en ait donné une démonstration.

et donc si le premier homme connu à avoir énoncé cette vérité est Alhazen, alors il est le premier à avoir « connu » ce théorème (dans l’Esprit de Dieu).

Si l’on admet comme moi l’argumentation de Brunschvicg, alors on doit conclure que dire cela conduit à l’athéisme (qui fait rage actuellement avec les manifestations et les attentats meurtriers visant à protester contre un film dit « islamophobe »).

S’abstenir de dire que le VRAI EST consiste à dire que le théorème n’existe pas AVANT qu’un homme en ait donné la démonstration , et cet homme est, selon les sources, Wilson ou Lagrange (ou Leibniz)…

Un théorème véritable VA TOUJOURS avec une démonstration.

C’est (peut être) là le sens de l’affirmation de Spinoza :

« les démonstrations sont les yeux de l’âme »

Seulement ici se présente une objection apparente :

prenons n’importe quelle égalité numérique consistant à faire la somme de deux nombres, par exemple :

6 + 5 = 11

23 + 6 = 29

etc…

Ces égalités dérivent nécessairement des axiomes de Peano, elles sont donc « vraies » dès que les axiomes de Peano sont donnés.

Or ces axiomes datent du 19 ème siècle, donc avant ces axiomes il n’était pas vrai que 2 + 2 = 4 ??

y a comme un défaut !

la réponse est que les axiomes sont une « reprise logique » de la connaissance des vérités mathématiques qui préexistaient !

la mathématique va « du bas vers le haut », elle est de l’ordre de l’analyse

la logique va du « haut vers le bas », des principes, ou plutôt axiomes, vers leurs conséquences : elle est seconde, de l’ordre de la synthèse.

Nous devons nous en tenir à nos conclusions philosophiques, et DIRE, sous peine d’aboutir à l’athéisme et à ses désastres, que :

1 + 1 = 2 n’est pas vrai tant qu’on ne l’a pas démontré !

pour mémoire, c’est démontré au chapitre 112 des Principia mathematica , tome 2 , portant sur l’addition des cardinaux :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Principia_Mathematica

http://quod.lib.umich.edu/cgi/t/text/text-idx?c=umhistmath;idno=AAT3201.0002.001

mais là encore il s’agit d’un travail de logique !

à vrai dire , pour les nombres de taille normale, « démontrer » ce genre de vérités est immédiat : il suffit de faire le calcul …

mais allez donc faire le calcul de nombres très grands , de puissances énormes que l’on ne sait pas manipuler, par exemple :

2236956 ^ 8457406 + 49572943 ^ 964823149673

(le signe ^ veut dire puissance)

résultat ?

pas de résultat, personne ne sait faire le calcul, cela dépasse la portée de nos ordinateurs !

on doit en conclure que ce nombre existe mais n’a pas de valeur (vraie)

sans parler des très grands nombres, formalisés avec d’autres symboles que ^, par exemple les flèches de Knuth :

http://en.wikipedia.org/wiki/Knuth’s_up-arrow_notation

ou les chaines de Conway :

http://en.wikipedia.org/wiki/Conway_chained_arrow_notation

ou les hyperopérations :

http://en.wikipedia.org/wiki/Hyper_operator

allez donc calculer :

525 → 1625 → 986 = N

ce nombre a un sens, il peut entrer dans des formules, mais tant qu’on n’a pas calculé sa valeur il n’en a pas !

ou en tout cas pas d’autre que son expression avec les chaînes de Conway

Ce qui veut dire strictement ceci :

on ne peut pas poser une égalité :

N = ….

avec au second membre un nombre sous forme décimale (ou autre, ce n’est pas le problème)

ou plutôt : si l’on dit qu’il en a une, on est athée !

si donc l’on appartient (avec conviction) à l’une des trois religions monothéistes, qui toutes disent que Dieu EST, alors on DOIT dire que ce nombre a une valeur, connue seulement de Dieu.

Et l’on est alors athée !

mais il est évidemment parfaitement permis d’être athée !

Je voudrais juste rajouter ceci, car je me rends compte après coup combien ma « conclusion » peut paraître « folle » :

– oui les véritables athées sont ceux qui « croient en Dieu », qui croient que Dieu est un (super)-étant, sur le modèles des « étants » du monde (car quels autres ?) : cela est maintenant pour moi une évidence

-mais ce qui semblera inadmissible est la partie sur les mathématiques … Or, que l’on réfléchisse à ceci :

La valeur , ou l’expression décimale (en base 10, ou en tout autre base) n’est pas ce dont on se préoccupe vraiment en mathématiques !

Nous importent beaucoup plus sa factorisation en facteurs premiers !

Je le maintiens : tant que l’ on a pas su calculer la valeur en base 10 d’un des nombres énormes dont je parle plus haut, cette valeur est « inexistante » ( avec une valeur de vérité)

Mais de toutes façons, pour écrire une telle expression, une feuille de papier égale au diamètre de notre système solaire, et même de notre galaxie, ne suffirait pas !!

Ce qui importe bien plus aux mathématiciens étaux philosophes, qui sont les prêtres modernes, c’est de démontrer une équation qui soit l’égalité du nombre énorme N écrit plus haut sous forme d’une chaîne de Conway avec une autre expression, sous forme d’une autre chaîne, ou d’une hyperoperation, ou d’une notation de Knuth…

C’est ainsi que le savoir mathématique s’édifie, jour après jour

C’est ainsi que les vérités, les théorèmes, s’entretissent sur le métier silencieux du temps

Encore une remarque : ce que je dis ici semble aller contre la conception platonicienne des mathématiques, pour le mathématicien inventeur de Wittgenstein contre le mathématicien découvreur de Platon et Alain Connes ou bien d’autres..

Mais il y a deux Platons, le Platon mythologue et autoritaire, et le Platon philosophe, de même qu’il y a deux Fichte, deux Wittgenstein, deux Rudolf Steiner.

Et l’on a pris le faux Platon pour le vrai…

Par contre il n’y a qu’un seul Brunschvicg !

Brunschvicg sur la philosophie de Descartes et la mathesis universalis

voici un passage tiré du début des Ecrits philosophiques de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

qui est d’une densité extraordinaire et constitue en quelque sorte un résumé succinct de tout ce qu’il faut savoir de la philosophie véritable (cartésienne) pour s’orienter dans la pensée et donc vers le BIEN :

C’est un passage qui fait partie de l’Introduction, pages 13-14 (format Word) et explique les rapports de la philosophie cartésienne, de la religion et de la mathématique :

« Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse.

Le propre de la sagesse cartésienne, c’est qu’elle accepte dès l’abord, comme bienfaisante el salutaire, l’épreuve du doute de Montaigne. Si l’on réserve le point qui concerne la substance psychique et qui demeure comme une digression par rapport aux thèses essentielles du cartésianisme, aucun des dogmes enseignés par l’autorité, aucun des principes dont l’École faisait la pétition, n’intervient pour altérer la rationalité parfaite du lien entre la méthode et le système. Une même présence de lumière intérieure fait de l’existence du moi pensant et de l’existence du Dieu infini les moments d’une seule intuition : elle a sa racine dans la clarté et dans la distinction de la mathématique « pure et abstraite » ; elle a son application dans la clarté et dans la distinction d’une physique mathématique qui explique les phénomènes de l’univers comme objets de la géométrie spéculative. Le mécanisme de la nature et l’autonomie de l’esprit sont les deux faces solidaires de la science que l’homme constitue lorsque, attentif à lui-même, il déroule, par la seule spontanéité de son intelligence, les « longues chaînes de raisons », dont il appartient à l’expérience de prouver qu’elles forment en effet la trame solide des choses, indépendamment des apparences qu’y adjoint l’animalité des sens ou de l’imagination.

Cette intériorité de la pensée à la vérité, voilà quelle sera désormais la seconde assise, l’assise définitive, du spiritualisme occidental. Il y a presque trois siècles que le Discours de la méthode a terminé, décidément, le Moyen âge post-aristotélicien ; et depuis trois siècles le type de vérité, créé par l’avènement de la physique mathématique, n’a cessé, à mesure qu’il croissait en valeur objective, d’approfondir sa raison d’être, par un double appel aux initiatives humaines de l’invention analytique et de la technique expérimentale. Le savant prend conscience que son univers est d’autant plus réel qu’il s’éloigne davantage des apparences immédiates, des données sensibles, pour ramener des faits, toujours plus minutieusement précisés, à un réseau d’équations, toujours plus dense. Le langage mathématique, qui pouvait d’abord sembler si abstrait, pour ne pas dire si étrange, en face des aspects infiniment variés de la nature, est pourtant le seul dans lequel nous savons qu’elle accepte de répondre effectivement aux questions qui lui sont posées, le seul donc par quoi l’homme, acquérant la dignité de vérité, soit assuré de s’élever, par delà l’ordre de la matière et l’ordre de la vie, jusqu’à l’ordre de l’esprit. »

Est ici décrit la voie proprement philosophique et religieuse, qui va de la Nature vers l’Esprit, de l’Etre (des étants multiples, des apparences sensibles) vers l’UN.

Les trois ordres sont là, mais ce ne sont plus ceux de Pascal ; l’ordre suprême , qui contient voire même coïncide avec l’ordre de la charité, c’est l’ordre de l’esprit, et l’on s’y achemine non pas par la prière , le jeûne ou le culte (collectifs) mais par la mathématique universelle, mathesis universalis, seule à même de nous doter de normes intellectuelles absolues constituant une discipline de la vérité, des règles pour la direction de l’esprit.

Dieu est le Dieu intérieur, immanent, non pas « éternel » mais internel comme je dis pour ma part , et la mathesis universalis est la racine de la religion véritable, qui consiste à unir en une même intuition Dieu et le moi pensant (non plus le roseau pensant, qui est le moi vital) c’est à dire le moi spirituel lorsqu’il a triomphé du moi vital et ses pulsions animales :

« Une même présence de lumière intérieure fait de l’existence du moi pensant et de l’existence du Dieu infini les moments d’une seule intuition : elle a sa racine dans la clarté et dans la distinction de la mathématique « pure et abstraite » »

si j’osais, je dirais que Brunschvicg est un miracle : c’est le Christ revenu en un corps d’homme pour corriger toutes les erreurs accumulées (souvent au nom du christianisme) pendant les deux millénaires précédents
Mais je n’oserais pas, évidemment, car Brunschvicg n’aurait pas approuvé , traitant cela de balivernes mystiques…
En tout cas cela l’aurait bien fait rire et je suis certain qu’il devait aimer rire, mais rire intelligemment et de façon civilisée : aussi nos modernes amuseurs publics et leurs vulgarités ne lui auraient ils guère plu !

la paléogénétique révèle une humanité éclatée

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/09/13/la-paleogenetique-revele-une-humanite-eclatee_1760005_1650684.html

« La conception – politiquement essentielle – d’une humanité unique est en train de voler en éclats. Plus préoccupant, certaines des séquences génétiques héritées du métissage avec des hommes archaïques concernent des gènes gouvernant l’organisation cérébrale et impliqués dans le fonctionnement des synapses neuronales. Le débat sur la notion de race, sur l’égalité entre elles, que l’on espérait à jamais enterré, pourrait resurgir. Les humanistes devront être vigilants et veiller à ce que ces troublantes découvertes paléogénétiques ne deviennent pas des arguments aux mains des idéologues racistes. »

une découverte réellement scientifique ne doit jamais faire peur, car si elle est correctement comprise elle ne peut jamais entraîner au MAL.

En l’occurrence qu’y a t’il de nouveau qui soit révélé ici ?

au niveau philosophique et religieux, et donc politique si la politique est mise à sa juste place et libérée de toute idéologie (que celle ci soit « raciste » ou « antiraciste ») rien de nouveau !

l’humanité n’est pas UNE , ni unifiée, parce qu’elle DOIT être UNE: si elle était UNE, ou unifiée, la tâche de la philosophie et de la religion (= ce qui relie, donc l’Islam n’est certainement pas une religion) serait terminée.

Comme le dit Badiou après Platon, au début de « L’être et l’évènement » :

L’UN n’est pas

L’un doit être, donc il n’est pas.

Ce qui est, ce sont les étants…

et , comme le dit très bien Heidegger, l’Etre n’est pas un (super) étant, donc l’Etre n’est pas…

Mais celui qui va le plus loin dans la tâche salutaire d’éradication des erreurs qui mènent au MAL, c’est Brunschvicg :

« les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme, et de l’athéisme, sont : le vrai est, le bien est, Dieu est »

donc les découvertes déjà faites ou à venir ne doivent pas être source d’angoisse : évidemment que l’humanité n’est pas une, donc multiple…

d’ailleurs est ce mieux qu’elle se scinde en une multitude de « communautés religieuses » plutôt qu’en différentes races ?

Hitler disait :

« je sais très bien qu’il n’y a pas de races pures, mais je VEUX qu’il y en ait une , la race aryenne »

seulement ceci est la volonté du MAL : « séparer » une race qui devra dominer car « supérieure »..

est ce mieux de dire, comme le Coran aux versets 110, 111 et 112 de la sourate 3 :

http://islamfrance.free.fr/doc/coran/sourate/3.html

« 110.Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux, il y en a qui ont la foi, mais la plupart d’entre eux sont des pervers.

111.ils ne sauront jamais vous causer de grand mal, seulement une nuisance (par la langue); et s’ils vous combattent, ils vous tourneront le dos, et ils n’auront alors point de secours.

112. Où qu’ils se trouvent, ils sont frappés d’avilissement, à moins d’un secours providentiel d’Allah ou d’un pacte conclu avec les hommes,. Ils ont encouru la colère d’Allah, et les voilà frappés de malheur, pour n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné injustement les prophètes, et aussi pour avoir désobéi et transgressé. »

dire qu’il y a une « meilleure communauté », c’est aussi dangereux que de dire qu’il y a une race supérieure…

Nous devons dire comme Hitler, mais de façon tournée vers le BIEN, en sens inverse donc :

Nous savons très bien que l’humanité n’est pas UNE, mais nous VOULONS qu’elle soit UNE, et nous voulons régler notre action en vue de la réalisation de ce vouloir.

Seulement ici attention ! Ce n’est pas en mélangeant les différents peuples, « races », ethnies et en détruisant ainsi les équilibres et les « cultures » que l’on ira dans le sens de l’unité humaine !

Bien au contraire !

Le meilleur moyen d’obtenir une humanité « éclatée », c’est de poursuivre voire amplifier les flux migratoires chaotiques actuels (qui visent le pur profit économique d’une minorité )